05.01.2011

Qui suis-je et comment naviguer dans mon press book?

 

Après des études de Journalisme et un Master de Sciences Politiques, je travaille comme documentaliste et pigiste pour le Nouvel Observateur pendant deux ans. Parallèlement, j'écris pour plusieurs supports internet, comme toutlecine.com et lemagazine.info.

En décembre 2008, je quitte la France pour la Nouvelle-Zélande, où je séjourne pendant un an. De septembre à décembre 2009, je parcours le pays pour le compte du guide de voyage Frogs-in-nz, en quête de rencontres, de bonnes adresses et de coins inexplorés. A mon retour, je pige à nouveau pour toutlecine.com. Puis, je m'engage dans de nouvelles missions pour le compte du Petit Futé. Direction la Grande-Bretagne, la Côte nord de l'Espagne et Madrid, pour écrire trois nouveaux guides. En janvier 2011, je traverse l'Atlantique pour écrire sur Chicago et Philadelphie.

Vous trouverez sur ce site une sélection de mes articles parus dans la presse écrite et web, ainsi que des liens vers d'autres travaux d'édition.
Les publications sont à retrouver dans la colonne de gauche, dans la section "catégories".

Pour consulter mon CV, merci de cliquer sur ce lien CV blog novembre 2010.pdf

Critique - Entre nos mains de Mariana Otero

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Rythmé par le bruissement des tissus, le cliquetis des machines à coudre et la scansion des ciseaux, Entre nos mains raconte la gestation d’une coopérative et les questionnements de ses salariés. Mariana Otero filme avec bienveillance et humour une économie au service de l’humain.
Bouleversement d’une institution en place

Chez Starissima, les ouvrières assemblent dentelles et flonflons, afin de produire de la lingerie fine. Petites culottes et soutiens-gorge défilent sous leurs doigts agiles, avant d’être empaquetés et envoyés vers la grande distribution. Cette petite musique, jusqu’ici bien rythmée, risque pourtant de sonner faux. En effet, l’entreprise est en faillite et la fermeture guette. A l’annonce de cette nouvelle, les employés décident de se lancer dans un projet de Scop (Société coopérative et participative), où Starissima deviendrait une coopérative, dont les salariés seraient les actionnaires majoritaires. Et détiendraient donc leur entreprise. Bousculer la hiérarchie en place, donner le pouvoir à ceux qui, jusqu’ici n’avaient pas leur mot à dire, voici la démarche dans laquelle s’engage Starissima.

La réalisatrice, Mariana Otero, filme ces employées (majoritairement féminines) dans leurs hésitations, sans condescendance et avec humour. Elle dresse avec tendresse des portraits de femmes inquiètes, curieuses, enthousiasmées ou sceptiques, à qui l’on propose, pour la première fois, de choisir. « On nous a jamais demandé notre avis, on n’est que des ouvrières ! » s’exclame l’une d’entre elles, lorsqu’on la questionne sur sa volonté d’investir dans la Scop.

Naissance d’une organisation collective

La discrète caméra d’Otero s’est déplacée entre les rangs du hangar de production et dans les bureaux de l’administration pendant trois mois, afin de saisir ce processus de réflexion personnelle et l’élan commun qu’il engendre. De gros plans individuels, en plans larges collectifs, la documentariste dessine peu à peu le nouveau visage de l’administration à venir.

Qu’est-ce qu’une Scop ? Comment ça marche ? Qui sera responsable ? Qui convaincre et comment trouver les financements ? Toutes ces questions traversent le film, au fur et à mesure que les salariés se les posent, sans jamais plomber le propos. Loin de l’exposé technique, Entre nos mains s’attache plus à révéler les conséquences humaines d’une telle décision. Abordant la question d’une économie au service de l’homme, et non du capital, Mariana Otero étaye son discours avec brio et subtilité.

Par Manon Liduena (06/10/2010 à 09h45)
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11.05.2010

Critique - Nothing but the Truth, une vérité sud-africaine de John Kani

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Le héros n'est pas toujours celui qu'on croit... Le réalisateur sud-africain John Kani dresse le portrait d’un homme meurtri par l’apartheid et mêle petite et grande histoires, en posant la question du pardon et de la reconnaissance. Un film bancal, mais touchant.

Afrique du Sud, années 90. La Commission vérité et réconciliation entend les responsables de l’apartheid, qui viennent confesser leurs exactions. En échange de leur démarche, ils sont assurés d’obtenir l’amnistie.

Le décor de Nothing but the Truth est planté. A plusieurs reprises, des images d’archives ponctuent la fiction, renvoyant sans cesse la petite histoire à la grande. Ici pas de récit héroïque, ni de grands sentiments, le film surprend en prenant le parti de parler de ceux qui ont subi cet apartheid en luttant au quotidien, sans éclat, mais constamment.

C’est l’histoire de Sipho Makhaya (John Kani), qui a réussi le tour de force d’entrer comme assistant bibliothécaire à la Bibliothèque nationale de Port Elizabeth, à une époque où les Noirs n’y avaient pas accès. Aujourd’hui, après 40 ans de bons et loyaux services, il espère obtenir le poste de Directeur. Mais voilà qu’on le lui refuse. Envahi par l’amertume, Sipho entre dans une rage indicible et raconte l’histoire d’une Afrique du Sud qui porte aux nues ses héros et oublie son peuple.

A ce récit, John Kani ajoute une histoire parallèle, celle de Themba, le frère de Sipho, engagé politiquement dans la lutte contre l’apartheid, et consacré héros de la Nation. Mort en Angleterre durant son exil, il a exprimé le souhait de revenir dans son pays. Sipho doit donc surmonter sa rancœur et organiser des funérailles.

Comme si le scénario n’était pas assez complexe, une nouvelle péripétie se profile à l’horizon. Themba a été incinéré, et c’est contraire à la coutume. La colère de Sipho et les conséquences qui en découlent nous entraînent dans un vaudeville, là où l'on attendait une tragédie. Le pari est audacieux et la mise en scène surprend. Le jeu de John Kani et de ses deux partenaires ( Rosie Motene et Motshabi Tyelele) frôle parfois le ridicule, mais la magie opère pourtant. On se laisse happer par le récit décousu mais émouvant de Sipho, qui se perd (et nous avec) en considérations tantôt amères, tantôt empreintes d’espoir. « Si j’ai pu pardonner aux Blancs, ne devrais-je pas arriver à pardonner à mon frère ? »

Réalisateur, acteur, auteur et metteur en scène, John Kani adapte au cinéma une pièce de théâtre qu’il avait lui-même écrite et mise en scène. Sur les planches, Nothing but the Truth, avait remporté un franc succès, en Afrique puis aux Etats-Unis. Son adaptation cinématographique s’avère toutefois moins convaincante. La faute à un scénario alambiqué et une mise en scène très théâtrale, qui nous laissent hésitants face à ce drame aux allures de farce.

Par Manon Liduena (05/05/2010 à 09h41)

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31.03.2010

Critique - Nénette de Nicolas Philibert

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Un brushing à couper le souffle et un mutisme obstiné. Nénette est passée maître dans l’art de captiver les foules. Nicolas Philibert signe un documentaire touchant qui aborde avec finesse le thème de la représentation.


Après les écoliers, les grands singes

Nicolas Philibert avait marqué les esprits avec la réalisation en 2002 de Etre et avoir, documentaire sur la classe unique d’une école communale en Auvergne. Le cinéaste installe aujourd’hui sa caméra humaniste et facétieuse devant les cages de la ménagerie du Jardin des plantes, à Paris. Nénette, le personnage principal, est poilue, âgée et abstinente. Elle ne ferait pas une seule entrée à Hollywood. En revanche, au Jardin des plantes, c’est une vedette incontestée. A 40 ans, cette femelle orang-outan, née à Bornéo, fascine les visiteurs. Tous s’agglutinent devant la vitre, épiant le moindre de ses gestes pour l’interpréter. Un jeune enfant la déclare contemporaine de son père, lui aussi quadragénaire. Deux Italiens en goguette trouvent sa cage exiguë, à l’instar des appartements parisiens. Une vieille dame, quant à elle, émue par l’apparente tristesse de Nénette, s’interroge sur la disparition d’un éventuel mari. Chacun voit en elle sa propre vie.

«Nénette, c’est nous.»

Philibert joue avec subtilité sur le thème du miroir, exploitant les attitudes «humaines» de l’orang-outan, pour nous les renvoyer gentiment. Un soigneur passe, au petit matin, nettoyer la vitre de la cage. Quelque temps plus tard, Nénette s’empare d’un mouchoir et entreprend à son tour de faire briller le verre. Lequel copie l’autre ? Jusqu’à quel point sommes-nous proches de ce grand singe ?

Des visiteurs, on n’entend que les voix. Parfois, un reflet passe sur la vitre. Mais, Nénette est seule en scène, ou plutôt à l’écran. Et nous voilà, à notre tour, dans la position du visiteur intrusif. L’utilisation répétée, quasi permanente, de plans rapprochés, renforce encore cette impression. Nous n’avons pas d’autre choix que de regarder l’animal évoluer. Parmi les commentaires d’anonymes, Nicolas Philibert insère des témoignages de soigneurs, d’acteurs et même de musiciens (Les Yeux noirs) qui laissent Nénette les inspirer. Fidèle à elle-même, elle les (nous ?) couvre de son regard doux et sombre, affichant une moue éternellement boudeuse. Le comédien Pierre Meunier y voit « une rentière velue » à qui « tout arrive » et qui n’a « pas besoin de lutter ou d’inventer » pour exister. Du haut de ses quarante ans, Nénette a tout vu et l’on se demande finalement si ce n’est pas elle qui nous regarde…

Par Manon Liduena (31/03/2010 à 10h49)


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16.03.2010

Critique - Nord de Rune Denstad Langlo

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Comment être ivre avec un tampon et du papier de verre ? La réponse est dans Nord, premier long-métrage du norvégien Rune Denstad Langlo, qui aborde le thème de la dépression avec légèreté, humour et tendresse.


Mauvaise connexion

Le film s'ouvre sur le visage mutique de Jomar, tourné vers la montagne enneigée et silencieuse, une prise électrique à la main. Ancien sportif de haut niveau blessé au genou, il est désormais employé des pistes. Ce soir-là, l'homme se voit incapable de rebrancher le courant afin de relancer les télésièges arrêtés inopinément. Le spectateur s'interroge - au même titre que le malheureux skieur resté coincé dans les airs - et l'histoire débute sur cette pause étonnante. Si Jomar semble avoir les fils qui se touchent, il n'a en fait plus rien à connecter.

Ode à la mort lente

L'acteur Anders Baasmo Christiansen, dont la carrure impressionne, incarne avec justesse un homme qui s'enfonce dans l'ennui et le néant. Jomar fume, boit, grossit et regarde la télévision. Une véritable ode à la mort lente. Alors qu'il se passionne pour une émission télévisée sur les incendies dans les tunnels, Jomar apprend qu'il est père d'un fils de 4 ans, qui vit au nord de la Norvège. Sa première réaction est d'abattre un arbre, geste dont l'absurdité n'est pas sans rappeler le ton du voisin finlandais Kaurismäki. Fin prêt, le nouveau père ne tarde pas à quitter son antre et entreprend un long périple vers le Cercle polaire.

Road-movie en moto-neige

Nous voilà embarqués dans un road-movie en moto-neige - version scandinave de la tondeuse à gazon lynchienne - , tourné dans une étendue glacée si hostile qu'on devient aveugle en la fixant trop longtemps. Truculents, parfois mystiques, des personnages solitaires jalonnent le parcours du voyageur et lui enseignent comment prendre la vie comme elle vient. Les seconds rôles illuminent le film, à l'instar d'Ailo ( Larry Olsen), ermite mystérieux de la tribu des Sàmi, et d'Ulrik ( Mads Sjøgård Pettersen), jeune éphèbe en quête de sensations fortes.

Au final, Rune Denstad Langlo signe un long-métrage enlevé, où le scénario fait la part belle aux acteurs, mais aussi au grand nord et à ses lumières saisissantes. Malgré une reprise du genre un peu sage, Nord s'inspire avec justesse de ses aînés et séduit par son ton décalé. Alors à vous de voir, Prozac ou cinéma norvégien ?

Par Manon Liduena (10/03/2010 à 09h16)

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